Après une ultime réunion préparatoire, début février, c'est la dernière ligne droite pour le « plus grand événement mondial de l'eau », le 6e Forum mondial de l'eau (FME) qui se tiendra à Marseille, du 12 au 17 mars prochain. Selon ses organisateurs, le Conseil mondial de l'eau, soutenu par l'État français et la ville de Marseille, près de140 délégations ministérielles, 800 intervenants, soit plus de 20 000 participants de 180 pays sont attendus dans la cité phocéenne. Au menu des festivités : discours présidentiel, déclaration ministérielle commune et plus de 150 sessions adressées aux autorités locales et régionales. Ce Forum des solutions s'organise autour de douze priorités d'actions (droit à l'eau, coopération, eau et énergie, croissance verte...) et trois « conditions de succès ». Sur chaque item, il s'agira de mettre en oeuvre des solutions concrètes que chacun aura pu poster en ligne sur une plate-forme créée pour la cause.
Mais peut-on attendre de cette belle machine organisationnelle et médiatique une amélioration tangible sur le droit à l'eau dans le monde ? L'un des plus forts enjeux de Marseille concernera la ratification de la convention des Nations unies de 1997 sur la gestion des cours d'eau transfrontaliers. L'engagement de l'Europe à généraliser la loi française Oudin-Santini serait également une avancée pour la coopération décentralisée. Cependant, si le FME agit en lieu et place du processus onusien - puisque l'eau, contrairement au climat, n'a pas sa conférence internationale -, il n'a pas la légitimité politico-diplomatique des Nations unies. Dans les faits, la déclaration finale du dernier forum à Istanbul, en 2009, s'est traduite par un échec pour la reconnaissance du droit à l'eau comme un droit humain fondamental. C'est l'ONU, en juillet 2010, qui a finalement reconnu ce droit.
Le Conseil mondial de l'eau, à l'initiative du FME, a été créé en 1996 autour des deux grandes multinationales françaises et rassemble plus de 250 organisations dans le monde. Il est dirigé depuis dix ans par Loïc Fauchon, le président de la Société des eaux de Marseille, qui passera la main en 2012. Organisé tous les trois ans, le forum coûtera, cette année, 29,5 millions d'euros, dont près des deux tiers financés par des fonds publics, avec un prêt de l'agence de l'eau Seine-Normandie de plus de 2 millions. Pour les défenseurs d'une gestion publique de l'eau, il représente surtout la «
vitrine des solutions économiques les plus libérales
». À Marseille, une autre vision du droit à l'eau progressera donc elle aussi. En marge de l'événement officiel, près de 3 000 participants sont attendus par le forum alternatif mondial de l'eau.